L'objet du mois d'Octobre 2020

La collection Sciences et Techniques vous présente son urinoir chinois, tout droit sorti des réserves du musées !

Histoire de l'objet

Utilisé à des fins médicales ou pour de simples raisons de commodité, cet urinoir date de la fin du XIXème siècle. Il est en porcelaine et a été réalisé en Chine. Il fait partie des 150 objets (étoffes, jeux, vases, outils, …) envoyés en 1895 par Ernest Frandon (1842-1904), vice consul de France à Fou-Tchéou, en Chine. Collectés à la demande du Musée commercial de Lille afin de permettre aux industriels et aux négociants de la région d’orienter leur production en fonction des goûts de cette nouvelle clientèle, ces objets sont de précieux témoignages de la vie quotidienne de l’Empire du Milieu à la fin du XIXème siècle.

Frandon envoie également deux albums de près de 130 photographies réalisées par J. Mencarini, agent des douanes.

Ernest Frandon, diplomate français, fut affecté à Shangaï en novembre 1882, puis à Fou-Tchéou en avril 1883.Paul Claudel le remplace en 1900.

Petite histoire de l’urinoir

Durant l’Antiquité, des latrines communes équipent les villes. Ces lieux d’aisance disparaissent pendant plusieurs siècles. Ce n'est qu'à la fin du XVIIIe siècle, alors qu'il est interdit, "de par le Roy", de satisfaire à ses besoins naturels sur les voies publiques, que des projets d'urinoirs publics recommencent à voir le jour pour pallier les difficultés à faire respecter cet édit et ce, notamment, grâce à Antoine de Sartine, lieutenant général de police de 1759 à 1774, qui décide de faire installer des "barils d'aisance" dans les rues parisiennes.

En 1834, un an après une grande épidémie de choléra, le comte de Rambuteau, préfet de la Seine, prédécesseur d'Haussmann, fait installer 478 vespasiennes (1) le long des grandes voies de Paris. Cinq ans après cette invention, les théâtres et les cinémas se voient autorisés à placarder leurs affiches sur des panneaux de bois adossés aux vespasiennes... Gabriel Morris, imprimeur, va s’en inspirer pour créer ses fameuses colonnes publicitaires.

A Lille, des urinoirs sont installés contre le théâtre (situé place du Théâtre, à côté de la Vielle Bourse, détruit en 1903 par un incendie) au milieu du XIXème siècle : « 18 stalles exposées au soleil, sans entretien et exhalant d’épouvantables odeurs, l’urine s’écoulant directement dans le caniveau ». Les Lillois peu habitués à cela appelleront cette manière de faire « pisser à l’mode de Paris ».

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(1) Les vespasiennes tirent leur nom de l'empereur romain Vespasien (9-79 ap J.-C.). Ce dernier avait établi une taxe sur la collecte d'urines, qui servaient notamment à la préparation des étoffes avant la teinture, l'ammoniaque ayant des vertus nettoyantes.