L'objet du mois de janvier 2019

Ce mois-ci le musée vous fait découvrir une pièce rare de ses collections : une tête réduite du peuple jivaro. Issue des collections d'ethnographie, les têtes réduites ont joué un vrai rôle pour ces peuples guerriers.

Tête réduite (appelée aussi tsantsa). Dimensions : 65 centimètres de hauteur, 12 cm de largeur. XIXème siècle

Trophée de guerre conservé au musée, elle provient de Haute Amazonie, du peuple jivaro, peuple guerrier, réparti en Amérique du Sud notamment au Pérou et en Équateur.

Cette tsantsa a un jour été la tête d'un guerrier, et seule sa chevelure a gardé sa taille réelle.

Quand un jivaro a tué un de ses ennemis, d'un coup de machette, il lui tranche la tête. Puis il en extrait le crâne en pratiquant une incision dans la partie supérieure du cuir chevelu ou du front. La peau incisée est finement recousue. Ce qui reste de la tête, pratiquement un sac de peau et les cheveux, est plongé dans une mixture faite de plantes dont il a le secret et il laisse macérer le tout dans ce liquide durant 3 ou 4 jours. Cette phase de la transformation s'accompagne d'un cérémonial rituel en présence d'un sorcier avec danses et incantations magiques. Il place ensuite dans cette tête des pierres rondes chauffées au feu de plus en plus petites et, à mesure que la peau cuit, elle se rétrécit ; il termine la réduction en y introduisant du sable chaud et la malaxe patiemment pour remodeler le visage et les traits du mort. A ceci s’ajoute l'action du soleil, très forte dans ces régions, qui va sécher les tissus. La tête est alors devenue un véritable modèle réduit, de la grosseur d'une mandarine.

Il reste alors une dernière opération : l'ennemi, bien que mort, peut encore agir. Pour l'empêcher de prier ses génies protecteurs et de se plaindre des mauvais traitements qui lui ont été infligés, le jivaro lui coud la bouche avec des fibres végétales. Il est alors débarrassé à tout jamais de l'action nuisible de son malheureux ennemi.

Les têtes réduites seront utilisées durant plusieurs jours dans des cérémonies religieuses visant à apaiser l'esprit des parents de la tribu tués au combat puis seront abandonnées, n'ayant plus aucun intérêt pour personne.

Ces pratiques sont aujourd'hui révolues, et les tsantsa ne se trouvent plus que dans des musées ou chez des collectionneurs privés : elles n'y sont pas très nombreuses.

Tête réduite

© Philip Bernard